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Renouveler le nationalisme québécois

Renouveler le nationalisme québécois – Sortir des illusions tiers-mondistes

En cette veille de la Saint-Jean Baptiste, il apparaît opportun de faire une courte analyse de l’état actuel du nationalisme québécois tel qu’il se présente aujourd’hui et de projeter ses perspectives d’avenir.

Après cinquante ans de néonationalisme et deux échecs référendaire, il est venu le temps de faire un bilan critique des illusions souverainistes québécoises. Car il existe aujourd’hui des contradictions flagrantes entre le discours anticolonial d’une partie du nationalisme québécois et le désir de ré-enracinement du patriotisme décomplexé nécessaire au renouvellement nationaliste.

Rappeler l’évidence

Rappelons tout d’abord que pendant des siècles, les Canadiens français dont nous sommes les héritiers, se sont vus comme appartenant à la Chrétienté – terme que nous pourrions désigner dorénavant comme l’Occident. Cela relevait tellement du sens commun qu’il était inutile d’en faire un cas : c’était une évidence.

Rappelons également l’évidence que certains nationalistes québécois ont peine à assumer pleinement : nous sommes le fruit de la première vague colonialiste française des XVIe et XVIIe siècles. C’est sur l’alliance entre la couronne de France et l’Église catholique que s’est bâtie le berceau de l’Amérique française qui a donné naissance au Canada français puis au Québec contemporain. Le Québec est la seule colonie royale française qui ait pris souche, s’est développée et a murie pour donner une société moderne et complète.

Les Québécois sont peut-être colonisés – le débat reste ouvert – mais ce qui est sûr, c’est bien qu’ils sont les descendants de colons français ayant amenés avec eux la civilisation européenne sur un territoire auparavant uniquement peuplé de peuples primitifs. Profitons-en d’ailleurs pour souligner qu’à l’époque de la fondation de Ville-Marie par Jeanne-Mance et Maisonneuve, il n’y avait pas d’établissement indigène sur l’île de Montréal, contrairement à ce que certains militants de la cause autochtone tentent aujourd’hui de nous faire croire. Montréal n’est donc en aucun cas, une terre autochtone volée à on ne sait qui…

Exclu de la conquête de l’Ouest après la pendaison de Louis Riel, les Canadiens français trouveront refuges dans une province-réserve où ils demeureront majoritaires. Suivant le désillusionnement des nationalistes canadiens-français face à la mauvaise foi de Londres et d’Ottawa, la tentation de faire sécession du Canada anglais se fera de plus en plus forte au courant du XXe siècle. Annoncée par le chanoine Groulx lors de son célèbre discours de 1936 – « Qu’on le veuille ou qu’on ne le veuille pas, notre État français, nous l’aurons ! » – la volonté de faire de la province du Québec un État souverain débouchera concrètement sur l’avènement du mouvement souverainiste.

Faire sécession. Créer un État séparé du reste du Canada anglais. Un État où nous serions enfin majoritaires et seuls maîtres en notre pays. Un État français en Amérique du Nord.

Nous ne reviendrons pas sur la naissance de l’Ordre de Jacques Cartier, de l’Alliance laurentienne, du Front de Libération du Québec, des Chevaliers de l’indépendance, du Rassemblement pour l’indépendance nationale, du Ralliement National ou du Parti Québécois. De nombreux ouvrages décrivent fort bien la genèse de ce qui est désigné aujourd’hui comme la naissance du « néonationalisme » québécois dans les décennies 1950-1960, il y a déjà plus de cinquante ans. Pour faire court, disons que ce néonationalisme issu de la Révolution tranquille s’est distingué du nationalisme défensif et profondément enraciné dans la tradition catholique des habitants du Canada français. Le vieux credo ultramontain « la langue gardienne de la foi » fut jeté aux oubliettes de l’histoire par ces nouveaux nationalistes. De Canadiens français, nous devenions Québécois.

L’illusion tiers-mondiste

À ce rejet du passé canadien-français s’est jumelée une fascination pour les mouvements de libérations qui agitaient alors le reste du monde. Les empires européens en Asie et en Afrique s’effondraient tous les uns après les autres, laissant place à des nationalismes anticoloniaux – souvent violemment anti-européens – rejetant tous liens avec les anciennes puissances coloniales.

Cela s’est notamment traduit par l’influence décisive qu’a eue Albert Memmi avec son ouvrage phare, Portrait du colonisé ainsi que par l’influence de Frantz Fanon sur les intellectuels de gauche qui saupoudraient de nationalisme leurs velléités révolutionnaires.

Il s’est donc développé – de manière compréhensible bien que problématique – tout un discours anticolonialiste et tiers-mondiste au sein du nationalisme québécois liant les révoltes d’Afrique et d’Asie au souverainisme d’ici. C’est également à cette époque que certains nationalistes québécois virent dans la fameuse révolution cubaine de 1959 mené par l’ineffable et aujourd’hui décédé Fidel Castro un miroir de notre propre combat pour faire du Québec un pays. Il en fut de même pour la guerre que mena le FLN contre la France qui mena à la création de l’Algérie indépendante en 1962, tout comme la corrélation que théorisèrent certains souverainistes entre la lutte contre la ségrégation raciale des Afro-Américains et le nationalisme québécois.

Montréal-La Havanne-Alger-Chicago : même combat !

C’est dans ce contexte que toutes les forces de gauche mirent définitivement la main sur le souverainisme et le nationalisme québécois, démobilisant alors une grande partie des nationalistes qui n’étaient pas particulièrement sensibles ou enthousiastes aux références tiers-mondiste de ce nouveau nationalisme.

Ce que les plus radicaux des néonationalistes n’ont pas pu prévoir, c’est que l’effondrement global de la mythologie tiers-mondiste, anticolonialiste et socialiste allait jeter le nationalisme québécois dans un cul de sac dont il n’est pas encore sorti. Quiconque doté d’un peu de jugeote et de sens critique ne souhaite absolument pas que les Québécois se retrouvent dans la position des Cubains, des Algériens ou des Afro-Américains, qui remportèrent pourtant des victoires significatives dans leurs revendications respectives.

Malgré la présence d’un Noir à la Maison-Blanche, aucun Québécois n’envie le sort catastrophique des Afro-Américains surreprésentés dans les prisons américaines dont les seuls modèles culturels ne se résument trop souvent qu’à de vulgaires rappeurs singeant des trafiquants de drogue ou à des vedettes médiatiques pris dans des imbroglios judiciaires. Car ne nous mentons pas, la surreprésentation des Noirs dans les prisons américaines n’est pas uniquement imputable à un racisme de la majorité blanche américaine; la fascination pour la violence, la prison et la drogue est un problème éminemment culturel au sein de la jeunesse noire américaine. C’est d’ailleurs en voulant importer le modèle d’empowerment racial vers le Québec que la gauche multiculturaliste réussira à faire augmenter sensiblement le racisme au lieu de prôner la seule politique viable à long terme : la réduction de l’immigration permettant l’assimilation de la jeunesse immigrante à la culture québécoise.

La fascination de certains souverainistes québécois pour le combat algérien est elle aussi empreinte d’une très grande naïveté. Malgré ce que croyait Frantz Fanon – le célèbre auteur des Damnés de la Terre, apologie ultime de la violence anticolonialiste – le combat pour l’Algérie indépendante ne mena pas à la création d’un contre-modèle socialiste pour toutes les sociétés du Tiers-Monde. Obnubilés par les théories marxistes, les lecteurs de Fanon – incluant Sartre et Beauvoir – ne virent pas dans le réveil algérien le souffle du Djihad qui allait se lever. Rappelons que, non content de lutter contre le colonisateur français, le moudjahidine algérien luttait également contre le rumi et le kafir, contre le Blanc et le mécréant qui occupait la terre islamique.

D’ailleurs, ce n’est plus l’idéal socialiste qui anime aujourd’hui la société algérienne, c’est  l’utopie nihiliste de cet islam décomplexé et conquérant qui remporte bataille sur bataille dans toutes les sphères de la société. Car ne nous méprenons pas, même si les islamistes algériens ont perdus le combat militaire durant la guerre civile des années 1990, ils ont gagnés la bataille des cœurs et de esprits. Le FLN, le parti unique au pouvoir, s’accrochant comme il le peut à la rente pétrolière, a fait toutes les concessions juridiques et sociales aux islamistes pour conserver la paix militaire dans le pays. L’Algérie est aujourd’hui tout sauf un modèle d’émancipation nationale. Preuve en est que des milliers d’Algériens viennent s’installer chez nous, fuyant leur pays pourtant indépendant.

Quant à Cuba, est-il bien besoin de faire le bilan d’un régime qui a été dirigé par un homme que certains considèrent encore comme étant un libérateur national, alors qu’il a enfermé son pays dans les griffes soviétiques pendant des décennies, entraînant son peuple dans le régime le plus totalitaire de toutes les Amériques.

Une semaine à Varadero, voilà ce qui convient le mieux aux Québécois concernant le modèle cubain. Mais pour ce qui est d’instaurer des billets de rationnement, des comités populaires de la révolution, des cursus scolaires entièrement marxistes, des visas internes, une presse unique aux ordres du parti unique et de la ploutocratie familiale dirigeant l’État; ils passeront leur tour. Même les plus fervents admirateurs québécois de Castro n’ont pas daignés s’installer définitivement sur l’île. Comme quoi, pour ces bourgeois-bohèmes du Plateau Mont-Royal défendant la Revolución, le socialisme est toujours plus appréciable loin des joies du socialisme réel. « La révolution socialiste ? Bien sûr… Mais loin de chez moi. »

L’utopie anticolonialiste, tiers-mondiste et socialiste ayant échouée, quels ressorts reste-t-il au nationalisme québécois pour reprendre le flambeau du souverainisme et du combat indépendantiste ?

L’avenir du nationalisme québécois

Écartons tout de suite le préchi-précha gnangnan de la gauche libérale voulant faire du Québec un petit Canada en puissance. Inter ou multiculturaliste, déraciné, post-national et bilingue, ce Québec souhaité par une partie non négligeable de l’establishment souverainiste n’aurait aucun intérêt à être construit puisque nous y sommes déjà. La guerre culturelle qu’a menée le trudeauisme a si bien été remportée que le camp souverainiste s’y est laissé entraîner. Reprendre à notre compte l’idéal de Pierre Eliott Trudeau ou de son fils ne ferait que consacrer notre mort nationale.

Il apparaît donc que la seule voie possible de renouvellement passe par le ré-enracinement des nationalistes québécois dans les fondements de ce qui fait du Québec un endroit unique au monde.  Il est impératif de commencer à réarticuler la question nationale pour le XXIe siècle naissant. Face aux attaques concertés de la gauche multiculturaliste et des forces fédéralistes, il est primordial que les jeunes nationalistes sortent des schèmes de pensée que nous ont inculqués toute une génération de militants de gauche déguisés en nationalistes.

Devant la culpabilisation permanente de tout référent nationaliste, il est plus que jamais primordial que le patriote d’aujourd’hui défendent le passé glorieux de la Nouvelle-France, se réapproprient l’histoire de l’Église triomphante, décryptent l’épisode des Rébellions patriotes avec un regard neuf, sortent du mythe de la « Grande Noirceur » pour faire une critique raisonnée de tous les échecs de la Révolution tranquille et enfin quitter le référendisme a tout crin qui nous a mené dans une catastrophe politique.

Car les nouvelles générations de patriotes ne veulent pas des utopies sorties des cerveaux malades des théoriciens queers et autres postmodernes biberonnés aux subventions universitaires. Ce qu’ils veulent, c’est la reconquête de leur histoire, de leur territoire, de leur économie et de leur patrie. Le nationalisme qui pointe à l’horizon s’émeut peu du poison de la culpabilité coloniale que les militants de la haine-de-soi injectent au corps national.

Oui, le Québec est le fils de la France coloniale du XVIe siècle. Oui, nous sommes un peuple très majoritairement blanc, catholique et français. Oui, nous sommes le foyer lumineux de l’Amérique française entouré de toutes parts par l’anglophonie protestante et libérale. Oui, notre destin national est exceptionnel.

Et alors? Nous ne nous en excuserons plus.

Qui aurait cru que les descendants de cette poignée de colons arrivés sur les berges laurentiennes allaient devenir le plus grand peuple explorateur de l’Amérique du Nord, tissant alliances et traités avec les Autochtones et cartographiant le continent de la Baie d’Hudson au Golfe du Mexique ? Qui aurait misé sur le fait que plus de deux siècles après l’annexion de la Nouvelle-France par l’empire britannique nous allions encore parler fièrement le français ? Qui oserait encore cracher sur l’incroyable épopée de nos ancêtres qui créèrent, contre vents et marées, une civilisation pleine et entière au cœur de l’Amérique du Nord ?

Nul besoin de larmoyer sur les défaites passées des dernières décennies. L’époque où les souverainistes étaient transis de peur à l’idée qu’on puisse évoquer « l’argent et la vote ethnique » tire à sa fin. L’éternelle repentance est morte sous les décombres de la nécessité vitale de reprendre le discours nationaliste de façon franche et sans complexe.

Une nouvelle génération se lève pour voir le jour et souhaite en finir avec l’aplat-ventrisme de nos pseudo-élites auto-proclamées.

L’heure de la mollesse est terminée.

Joyeuse Fête nationale et bonne Saint-Jean-Baptiste à tous !

– Alexandre Cormier-Denis

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2 commentaires

  1. Mireille Deschênes

    Bonne Saint-Jean NOMOS !

  2. «« Le discours social et la mémoire collective de la technocratie […] se sont structurés à partir d’une problématique fondamentale […] celle de la mort d’un Être collectif le Canadien français à la personnalités traditionnelle, cléricale et colonisée et son remplacement par un nouvel Être collectif, le Québécois laïc, politique et désireux de se dépasser. »»
    p.772 (LA CONSTRUCTION D’UN ÊTRE COLLECTIF)

    «« .. les intellectuels ont procédé à la redéfinition d’un être collectif, l’homo quebecensis, en montrant comment il s’était formé dans l’histoire ou, plutôt, en décrivant comment il avait rompu avec un passé qui l’empêchait d’advenir. En effet, cette redéfinition de l’être collectif comme un être moderne est faite à partir de l’idée de rupture. Avec cette idée, [..], la conscience historique traditionnelle du Québécois est devenue « malheureuse » (ce qui pavait la voie à une mise à l’écart, sinon à un reniement de son passé vivant), et sa conscience historique moderne « bienheureuse » (ce qui favorisait la réification d’un présent déjà en voie de mythification). De ce « malheur » et de ce « bonheur » ont ailleurs procédé la plus grande portion des production scientifique et idéologique québécoises des années 1950-1980 .. »»
    p.773

    https://canadalibre.ca/references/le-quebec-moderne/

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